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13 Reasons Why – La série qui dérange.

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Avec l’arrivée du Printemps, je me suis souvenue de mon coup de cœur de l’an dernier en terme de série et du buzz qui l’accompagne chaque année. Evidemment, la série ayant été renouvelée pour une troisième saison en Juillet dernier, les informations la concernant commencent à arriver _ et les polémiques avec.
13 Reasons Why est une série qui ne laisse pas indifférent. Elle interpelle. D’aucun la trouveront surcôtée tandis que d’autres crieront au génie. Pour les irréductibles étant passé à côté de la tornade 13 Reasons Why, cette série, adaptée du roman de Jay Asher, narre les raisons qui ont poussé Hannah Baker, une adolescente de dix-sept ans à mettre fin à ses jours. Celle-ci, avant de se suicider, a adressé à tous ses « bourreaux » une cassette (au nombre de treize) expliquant comment, petit à petit, elle a sombré.
Il est des séries qui prêtent à sourire par leurs raccourcis, souvent faciles et par leurs personnages, souvent incohérents et stéréotypés. Mais les personnages de cette série finissent tous (à l’exception d’un seul, les fans sauront de qui je parle) par être un minimum attachants. Aucun n’est innocent, aucun n’est parfait. C’est ce qui fait, à mon sens, la richesse de cette série. Ils commettent tous des erreurs, les réparent parfois, font amende honorable _ ou pas. Les personnages sont profondément humains. Que ce soit dans leur relation avec Hannah, avant son suicide ou leur réaction à l’écoute de leur cassette.
A partir d’ici, je vais spoiler les événements survenus dans la série jusqu’à maintenant, cad les deux premières saisons. Cessez de lire si vous ne souhaitez pas être spoilés.

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Hannah donc, a perdu petit à petit goût à la vie en étant victime de petits gestes souvent anodins du point de vue ses bourreaux mais qui ont fait vaciller sa confiance en elle. Qu’il s’agisse du slutshaming mis en place par Justin au tout début de la saison 1 (et qui nous rappelle combien la culture du viol a le vent en poupe) ou de l’abandon progressif de ses amis, Jessica et Alex qui constituaient, après son déménagement, ses points de repères. On passe à la case harcèlement, aux déceptions amicales croissantes qui, à l’adolescence peuvent être dévastatrices. Un excellent article du magazine Madmoizelle expliquait combien un chagrin d’amitié pouvait être aussi douloureux qu’un chagrin d’amour. De même, certains romans comme Respire d’Anne-Sophie Brasme (ainsi que son adaptation par Mélanie Laurent) soulignent combien la toxicité peut rapidement s’inviter dans l’amitié.
Si les premières cassettes qu’Hannah a adressé à ses bourreaux peuvent faire sourire et la faire parfois passer pour une jeune fille trop susceptible (en fait, surtout fragile quand on y regarde bien, plus la confiance en soi est fragilisée, plus de petites choses peuvent nous atteindre) les dernières cassettes prennent un virage beaucoup plus dramatique, lorsque l’on assiste, impuissants, à l’instar d’Hannah au viol de Jessica, puis au sien propre par Bryce. Ces scènes mettent en exergue des problématiques actuelles de notre société, et qui sont internationales, pas seulement réservées aux Etats-Unis.

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Prenons Jessica, jeune fille populaire et bien intégrée dans sa bande d’amis. On lui a tellement inculqué que le violeur était un prédateur qui se cache dans les recoins sombres, la nuit, qu’elle ne s’est absolument pas méfiée lorsque, durant une soirée entre amis, elle a trop bu et a été sexuellement agressée par le meilleur ami de son petit-ami. Et toute l’histoire autour du viol de Jessica est très importante car traitée de façon totalement différente de celui d’Hannah. Si Hannah est consciente d’avoir été violée par Bryce, Jessica, longtemps après le suicide d’Hannah, même après avoir été confrontée par Hannah qui a assisté à la scène, est dans le déni le plus total. Elle refuse de devenir une victime et refuse donc d’être celle qui a été violée. Elle refoule le viol et est, elle, coupable. Coupable d’avoir bu, coupable d’avoir fait confiance, de ne pas avoir été sur ses gardes. Et oui, dans une société où on toisera la victime de viol et où l’on susurrera « Ouais mais elle était habillée comment aussi ? », « Ouais mais elle avait pas à être à cet endroit, à cette heure-là », « Ouais mais elle avait bu aussi » on continuera à prendre le problème à l’envers. Et des Jessica, partout, se sentiront, elles, coupables. Ne porteront pas plainte. Et laisseront des Bryce récidiver.
Hannah est différente. Hannah est fragilisée, encore plus que Jessica. Elle vit le viol en toute conscience. Mais cesse de se débattre à un instant, ce qui, dans notre société implique un consentement tacite. Oui, la notion de consentement est toujours un vrai problème. En salle des profs, mon collègue d’Education civique nous racontait qu’il avait dû passer une heure à faire comprendre à ses élèves ce qu’était le consentement, par diverses métaphores, car les gamins, biberonnés à un porno brouillant les repères, répondaient « Ouais, elle dit qu’elle veut pas, mais fond, elle en a envie ». A 14 ans, un gamin déjà refuse de reconnaître le consentement. La femme fait semblant. La femme veut au fond, et lui, il sait mieux qu’elle ce qu’elle veut. Revenons à Hannah qui ne se débat pas. Etape par laquelle passent bon nombre de victimes, c’est une façon de se préserver, de se détacher de son corps pour survivre. Hannah est ensuite totalement consciente d’avoir été violée. Elle va en parler, contrairement à Jessica. Au CPE. Et celui-ci va justement remettre en cause son consentement. Sans le savoir, il avait la vie d’Hannah entre les mains, ce jour-là. Mais en niant la véracité de son viol, il devient la treizième raison de son suicide

13 Reasons Why dérange par les questions qu’elle pose, par les problématiques qu’elle soulève. Vie sexuelle adolescente, slutshaming, rumeurs, viol, consentement. Autant d’éléments qui désarçonnent et sont régulièrement au coeur du débat, à l’instar du harcèlement de rue. 13 Reasons Why aborde toutes ces problématiques de façon crue, dénuée de glamour et de paillettes. Pas de place aux happy endings. On assiste au suicide d’Hannah. Cette scène, notamment, a soulevé de nombreux débats sur la nécessité de montrer la mort. Pour certains, elle a justement, glamourisé le suicide. Ils auraient préféré que cela reste hors champs. Et pourtant ! A mon sens, ils n’auraient pas pu mieux faire. La scène est dure à regarder, mais certainement pas glamour. Elle est crue et criante de vérité. Pas de violons pour donner à Hannah des airs d’héroïne de tragédie grecque. Hannah est seule, dans sa baignoire, elle a peur, mais elle ne voit plus d’autres solutions. Elle se tranche les veines et a mal. Elle ne meurt pas tout de suite. Elle souffre, seule, dans sa baignoire, durant un moment, abandonnée de tous. Pourtant, il y a des personnes qui aiment Hannah. Et je ne sais pas pour vous, mais j’ai pleuré en voyant cette scène, parce que l’amour de ses parents et de ses amis ne suffit plus. Parce qu’il aurait suffit qu’une seule personne change son comportement. Parce qu’il aurait suffit que sa mère rentre un peu plus tôt. La scène du suicide d’Hannah n’a rien idéalisé , elle a montré que lorsqu’on se suicide, on meurt seul et dans la souffrance.

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La saison 1 se termine sur l’ouverture d’un procès. Après que le personnage principal, Clay Jensen ait donné les treize cassettes aux parents d’Hannah. Au milieu de la polémique sur la fameuse scène du suicide, beaucoup ont vu d’un mauvais œil l’arrivée de cette seconde saison. Restait à savoir de quoi la série allait-elle parler après avoir épuisé le contenu des cassettes. La saison 2 insiste sur le besoin de comprendre de Monsieur et Madame Baker et sur les réactions des principaux accusés. On va de la rédemption pure au déni. Nous avons également la réaction du lycée, accusé par les parents d’Hannah de ne pas avoir su aider leur fille.
A quel moment un établissement est-il responsable d’un suicide ? Que peut-il mettre en place pour que ses élèves n’y soient pas persécutés ? Car ce qui est tangible dans cette seconde saison, c’est que rien n’a changé. Les élèves ayant cotôyé Hannah sont dévastés, traumatisés. Bryce, accusé de viol, se pavane dans les couloirs du lycée, protégé par son statut de mâle blanc WASP, sportif émérite. Jessica n’ose toujours pas parler alors que son témoignage validerait celui d’Hannah. Et Tyler prend petit à petit le même chemin qu’Hannah.
Ce qui est étonnant avec le personnage de Tyler, c’est que le téléspectateur ne l’aime pas. C’est ce personnage de petit nerd, stalker, pas vraiment attachant qui a harcelé Hannah. Et pourtant…! Même si on ne l’aime pas, la scène du dernier épisode est insoutenable à regarder. Je l’ai vue sans y être préparée. Voyez-vous, on sait depuis le premier épisode de la première saison qu’Hannah s’est suicidée. Nous étions préparés à voir son suicide, même si certains n’imaginaient pas qu’il serait aussi graphique. Mais ce que vit Tyler, si on a rapidemment regardé la saison 2 de 13 Reasons Why, nous n’y avons absolument pas été préparés. J’ai vu la scène avant que tous les réseaux sociaux s’emparent du phénomène à coup de « Pourquoi une telle violence ? », « Pourquoi l’avoir montrée ainsi ? ».

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Je vais faire un petit topo sur cette scène qui fait, à mon sens partie, des scènes les plus choquantes de toute l’histoire des séries tv. Tyler a harcelé Hannah, mais de façon tout à fait différente de certains autres élèves. Tyler aurait bien voulu sortir avec elle. Mais il s’agit du gamin un peu bizarre que l’on pourrait qualifier de « creepy », agrippé à son appareil photo, chahuté par les sportifs et élèves populaires du lycée. Il est surprotégé par sa mère et n’a pas vraiment d’amis…jusqu’à la saison 2 où il se lie d’amitié avec un garçon prénommé Cyrus qui va attiser la colère de Tyler. En effet, Tyler ne se dédouane pas quant à ce qu’il a fait à Hannah. Il est furieux que Bryce ne soit pas enfermé. Furieux que le lycée cherche simplement à prouver son absence de culpabilité alors que d’autres élèves, comme lui, souffrent toujours. Tyler n’a plus confiance en l’institution à force d’être victime et témoin d’injustices au quotidien. De gamin réservé, il devient un casseur et est envoyé en camp disciplinaire.
C’est à son retour que les choses s’enveniment. Lorsqu’il revient au lycée, l’affaire Hannah Baker est terminée. Jessica a témoigné et a également accusé Bryce de viol. Nous sommes ravis de la voir, enfin, oser en parler lors du procès. Mais comme je l’ai dit plus haut, pas de happy ending dans 13 Reasons Why et nous restons au plus proche de la réalité. Pour les viols de Jessica et d’Hannah, Bryce n’écope que de trois mois de probation. Une injustice de plus. Cette ridicule sanction interroge ; comment inciter les femmes comme Jessica à témoigner quand son agression a, semble-t-il, si peu de valeur pour la justice ? Comment accepter ceci, quand c’est sa fille qui a été agressée et s’est suicidée ? Tyler, arrive dans ce contexte. Bryce va tout de même changer de lycée afin de repartir avec une ardoise vierge (coucou les filles du prochain lycée qui vont voir débarquer un violeur !) et Monty, l’un de ses fidèles camarades (victime accessoirement d’une famille violente) est dévasté par ce prochain départ. Pour lui, un seul responsable : Tyler.
Lors d’une scène d’une rare violence, Tyler est pris à parti dans les toilettes du lycée par Monty et sa bande. Ceux-ci lui explosent littéralement le nez contre le lavabo. Ces quelques secondes en soi ont été tellement violentes que j’ai bien cru qu’ils allaient le tuer. Mais non, ce n’est que le début de l’escalade de la violence. Tyler est ensuite traîné dans une cabine et a la tête plongée dans la cuvette. Il est noyé, ne peut plus respirer. Monty sort, s’empare d’un balai. Tyler est déshabillé et pendant que ses camarades maintiennent Tyler, la tête dans la cuvette des toilettes, Monty sodomise Tyler avec le manche à balai. Fin de la scène, on voit le balai sanglant être jeté par Monty et en un claquement de doigts, Tyler est seul, dans les toilettes.
Pourquoi cette scène dérange-t-elle ? Plusieurs raisons à cela. D’une part, elle est très graphique. Je ne l’ai pas vue venir et je peux vous assurer qu’il a fallu faire une pause après cette scène tellement elle a été intense. Elle est extrêmement rapide, à peine le temps de comprendre ce qu’il se passe qu’elle est terminée. D’autre part, elle met en scène un viol à des kilomètres de l’image que l’on se fait du viol dit stéréotypé. Ici, la victime est un homme et l’agression se fait avec un accessoire du quotidien, totalement détourné. Dernièrement, elle apparaît gratuite. Or, elle ne l’est pas tant que ça. Ne me faites pas dire ce que je n’ai pas dit : je ne sous-entend absolument pas que Tyler méritait cette violence. Ce que je dis, c’est que Monty en tant qu’adolescent en colère, battu par son père, s’est cherché un bouc émissaire et l’a trouvé en la personne du petit nerd fragile. Il cherchait un exutoire et l’a eu.
Le producteur Brian Yorkey insiste sur le fait que cette scène qui paraît improbable est en réalité courante. Des cas d’athlètes violant des élèves avec des manches à balais ou des barres d’exercice de natation sont en réalité répandus mais peu dénoncés.

La violence engendre la violence. Voilà quel était le message de cette saison 2.

Car Tyler n’en reste pas là. La fin de la saison 2 est intense car Tyler, tout comme Hannah a été malmené et violé. Si le suicide lui traverse l’esprit, il a un projet tout à fait différent à mettre en oeuvre, avant. C’est donc un Tyler armé jusqu’aux dents, équipé d’un véritable armada de guerre qui débarque au bal de promo. Anéantir l’institution, faire partir en fumée ce lycée qui l’a tant détruit, ses élèves qui l’ont soit brimé, soit ignoré. La violence engendre la violence et Tyler qui n’était qu’un gamin inoffensif se transforme en un tueur de masse.
Nous savons que peu de temps avant la diffusion de la saison 2 a eu lieu une nouvelle fusillade dans une école de Santa Fe, causant dix morts et annulant à la dernière minute la diffusion de l’avant-première.
Tyler est arrêté par Clay. Il n’explique pas à Clay ce qui vient de lui arriver. Clay veut simplement le sauver, à défaut d’avoir pu sauver Hannah dont il était amoureux. La saison s’achève avec un Tyler en fuite. Une autre fin avait-elle été prévue mais jugée trop polémique ? Personnellement, j’aurais trouvé une fin où Tyler commet un massacre plutôt sensée. Une fusillade de plus aux Etats-Unis, dénonçant d’une part la facilité avec laquelle un adolescent peut s’armer et d’autre part, comment un adolescent fragile et réservé peut devenir une machine à tuer. Car ne nous leurrons pas : lorsque Tyler débarque armé, nous étions nombreux à vouloir le voir ouvrir le feu sur Monty et compagnie.
Le producteur, Brian Yorkey a réussi là un tour de maître ; celui-ci de nous faire ressentir de l’empathie pour un meurtrier en devenir.
Alors quel avenir pour la série, à présent ? J’aurais, pour ma part, apprécié que la saison 3 s’articule autour de Tyler et de treize raisons pour le « sauver ». Voilà qui me paraîtrait logique et permettrait de voir combien les anciens bourreaux d’Hannah ont appris de leurs erreurs car oui, mis à part Bryce, la plupart sont sur la voie de la rédemption.

13 Reasons Why, saison 3 devrait arriver d’ici cet été. A (re)découvrir sur Netflix.

 

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